Des idées sur le Web
Enseignement supérieur et recherche : se défendre et proposer
La Tribune.fr - 28/01/2009 à 23:08 - 1202 mots
Par Bertrand Monthubert, mathématicien, secrétaire national du PS à l'enseignement
supérieur et à la recherche.
Depuis plusieurs semaines, le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche se rebelle :
IUT en grève, front très large hostile à la réforme de l'accès au métier des enseignants, motions
en nombre contre le projet de décret transformant le statut des enseignants-chercheurs,
protestations de présidents d'universités contre la dotation budgétaire prévue par l'Etat, lettre
ouverte de la conférence des présidents d'universités à Nicolas Sarkozy, motion unanime du
Conseil national des universités, prises de positions des instances scientifiques d'organismes,
moratoire des expertises, et maintenant appel à la grève reconductible pour le 2 février...
Comment interpréter une telle levée de boucliers, alors que Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse
ne cessent de se féliciter des milliards d'euros qui inonderaient ce secteur ? Bien que le
président se soit engagé à augmenter le financement de l'enseignement supérieur et de la
recherche de 1,8 milliards par an (hors "plan campus"), c'est le secteur qui supporte les plus
fortes annulations de crédits en 2008 (450 millions) ! Les budgets 2008 et 2009 stagnent en
euros constants, exception faite des sommes pré-affectées pour combler le retard en matière
de retraites. Plus de mille emplois seront perdus en 2009.
Quant au très contesté "plan campus", même les parlementaires UMP doutent que les sommes
réellement débloquées soient celles qui ont été promises. Le seul financement en très forte
croissance est le crédit-impôt recherche des entreprises, sans qu'on ait la moindre étude fiable
montrant l'efficacité de ce dispositif pour la recherche privée.
La "réforme" Libertés et responsabilités des universités (LRU), passée dans l'urgence à l'été
2007, loin de répondre aux problèmes existants, en crée de nouveaux, ce qui avait conduit le
parti socialiste à voter contre cette loi. Le contexte budgétaire aggrave cette situation. A la
réception des dotations pour 2009, et des prévisions pour 2010 et 2011, et en raison des
transferts de charges de l'Etat vers les universités induites par la mise en place de la loi LRU, la
réalité telle que les universités la vivent est toute différente : de nombreuses universités vont
voir leur budget baisser en 2009.
Alors faut-il s'étonner de la crise des IUT ? Alors qu'auparavant les IUT (qui font partie des
universités) bénéficiaient d'un budget qui leur était directement attribué, prenant en compte
leurs spécificités, dorénavant, c'est leur université de rattachement qui en dispose et peut donc
décider des crédits alloués aux IUT... et éventuellement les raboter pour améliorer à la marge
le financement d'autres filières encore plus sous-financées.
Le passage en force systématique du ministère a conduit à des protestations très larges contre
le projet de réforme de la formation des enseignants, contre la reconnaissance des diplômes
profanes des instituts catholiques comme diplômes nationaux et contre le projet d'un nouveau
statut des enseignants-chercheurs. Ce dernier, sous couvert de "modulation", prévoit
d'augmenter fortement le service d'enseignement des universitaires qui seraient moins bien
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évalués en tant que chercheurs.
Personne n'est dupe : la décision finale, qui est l'apanage du président d'université, serait prise à
n'en pas douter en fonction des tâches d'enseignement à assurer et non de la qualité de la
recherche. Et ce, alors que la qualité des processus d'évaluation se dégrade. Non content de
considérer l'enseignement comme une sanction, le gouvernement traite la recherche
universitaire comme une variable d'ajustement.
La "réforme" des organismes de recherche se fait sans la moindre concertation, alors que les
instances scientifiques et les organisations représentatives ont fait nombre de propositions. Ils
sont progressivement privés des moyens structuraux et financiers pour mettre en oeuvre une
politique scientifique dans la durée. Les UMR (Unités mixtes de recherche) entre organismes et
universités sont mises en cause, et dans leur nombre, et dans leurs possibilités d'action. Le
vieux projet de la droite de casser le CNRS est en marche. Cela converge vers une prise en main
directe du pouvoir politique sur les orientations de recherche, laquelle est explicitement
revendiquée par Nicolas Sarkozy, en contradiction avec les pratiques des grands pays de
recherche.
Pour le parti socialiste, cette situation est insupportable à la fois du fait du profond mépris du
gouvernement à l'égard de tous ceux qui ont à coeur de faire fonctionner les laboratoires, les
universités et les organismes, et aussi en raison de la gravité de ses conséquences pour l'avenir
du pays. Nous voulons proposer un avenir à nos universités, nos laboratoires publics et privés et
ceux qui en font partie. Cet avenir, il doit être construit collectivement, notamment au travers
des batailles qui se mènent aujourd'hui. C'est pourquoi le parti socialiste a décidé d'initier une
convention sur l'enseignement supérieur et la recherche.
Nous souhaitons organiser ce processus largement ouvert en lien avec les autres partis de
gauche, et en interaction avec toutes les associations et syndicats. Tout d'abord, un audit de la
situation réelle et concrète sera réalisé. Que sont devenues réellement les sommes promises ?
Quelles sont les conséquences des réformes : pôles de compétitivité, plan campus, plan licence,
emplois et précarité ? Ensuite, il s'agira de définir un programme d'action, au niveau européen,
national et local. Le niveau européen, d'abord, car les élections européennes doivent permettre
de redéfinir la politique conduite en matière de recherche. Il faut que le parlement européen se
saisisse de ce dossier dont il a été trop souvent écarté.
Ensuite le niveau national, dans la perspective d'une alternance politique indispensable. Il ne
faut pas que l'absence d'une perspective d'alternative soit un frein pour les luttes actuelles. Le
niveau local enfin, car la gauche, majoritaire dans les conseils régionaux et généraux, peut y
mettre en oeuvre une politique ambitieuse, sans toutefois se substituer à un Etat défaillant.
Quels seraient les objectifs de cette convention ? D'abord, redonner au savoir la place qui doit
être la sienne dans une société moderne, ce qui suppose la liberté d'initiative scientifique des
chercheurs et des institutions d'enseignement supérieur et de recherche, dans le cadre des
institutions nationales et locales, mais aussi élever le niveau de formation, en garantissant le
cadre national des diplômes, et faciliter l'accès à ceux-ci pour les étudiants en difficulté
sociale.
Simultanément, redéfinir l'action de l'Etat en faveur de la recherche privée, prendre en compte
la diversité des attentes de la société (santé, environnement, villes, etc.) et mettre en place un
débat permanent entre scientifiques et citoyens. Ensuite, favoriser la coopération entre les
établissements de recherche et d'enseignement supérieur, entre leurs personnels, et réduire la
bureaucratie dont ils souffrent de plus en plus. Enfin, offrir les statuts qui permettent à la fois
qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes, et qu'ils attirent la jeune génération, ce qui passe par la
réduction drastique de la précarité.
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Depuis les états généraux de la recherche de 2004, les tentatives de lancer une nouvelle étape
de réflexion ont échoué. Et pour cause : le gouvernement s'est moqué de ceux qui avaient
conduit ce travail, en prenant le contre-pied de leurs propositions. Dès lors, à quoi bon s'user à
nouveau s'il n'y a pas de débouché politique ? C'est ce que le parti socialiste veut offrir
aujourd'hui : un débouché à la réflexion collective, qui se traduira par une action au niveau des
parlements européen et français, et des collectivités territoriales qu'il dirige avec ses
partenaires. Et un programme ambitieux pour la recherche et les universités, dans la
perspective des prochaines élections qui devront conduire au pouvoir une équipe tournée vers
notre avenir collectif.
Bertrand Monthubert, mathématicien, secrétaire national du PS à l'enseignement supérieur et à
la recherche
A lire sur La Tribune
Wall Street bondit en fin de séance dans l'espoir d'une adoption du plan de relance
Le nouveau statut de l'auto-entrepreneur fait le plein d'inscriptions
Nouvelle chute des ventes automobiles aux Etats-Unis
Les pertes d'Electronic Arts se creusent, 1.100 emplois supprimés
Le bénéfice de Walt Disney chute
Etats-Unis : la Fed prolonge son soutien aux marchés financiers, l'immobilier envoie des
signaux positifs
Chiffre d'affaires en hausse de 10% pour Vinci, conforme aux prévisions
Les Français ont moins acheté de carburants l'an passé
GMAC redevient bénéficiaire
UPS repasse dans le vert mais l'année 2009 s'annonce difficile
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Enseignement supérieur et recherche : se défendre et proposer
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Par Bertrand Monthubert, mathématicien, secrétaire national du PS à l'enseignement
supérieur et à la recherche.
Depuis plusieurs semaines, le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche se rebelle :
IUT en grève, front très large hostile à la réforme de l'accès au métier des enseignants, motions
en nombre contre le projet de décret transformant le statut des enseignants-chercheurs,
protestations de présidents d'universités contre la dotation budgétaire prévue par l'Etat, lettre
ouverte de la conférence des présidents d'universités à Nicolas Sarkozy, motion unanime du
Conseil national des universités, prises de positions des instances scientifiques d'organismes,
moratoire des expertises, et maintenant appel à la grève reconductible pour le 2 février...
Comment interpréter une telle levée de boucliers, alors que Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse
ne cessent de se féliciter des milliards d'euros qui inonderaient ce secteur ? Bien que le
président se soit engagé à augmenter le financement de l'enseignement supérieur et de la
recherche de 1,8 milliards par an (hors "plan campus"), c'est le secteur qui supporte les plus
fortes annulations de crédits en 2008 (450 millions) ! Les budgets 2008 et 2009 stagnent en
euros constants, exception faite des sommes pré-affectées pour combler le retard en matière
de retraites. Plus de mille emplois seront perdus en 2009.
Quant au très contesté "plan campus", même les parlementaires UMP doutent que les sommes
réellement débloquées soient celles qui ont été promises. Le seul financement en très forte
croissance est le crédit-impôt recherche des entreprises, sans qu'on ait la moindre étude fiable
montrant l'efficacité de ce dispositif pour la recherche privée.
La "réforme" Libertés et responsabilités des universités (LRU), passée dans l'urgence à l'été
2007, loin de répondre aux problèmes existants, en crée de nouveaux, ce qui avait conduit le
parti socialiste à voter contre cette loi. Le contexte budgétaire aggrave cette situation. A la
réception des dotations pour 2009, et des prévisions pour 2010 et 2011, et en raison des
transferts de charges de l'Etat vers les universités induites par la mise en place de la loi LRU, la
réalité telle que les universités la vivent est toute différente : de nombreuses universités vont
voir leur budget baisser en 2009.
Alors faut-il s'étonner de la crise des IUT ? Alors qu'auparavant les IUT (qui font partie des
universités) bénéficiaient d'un budget qui leur était directement attribué, prenant en compte
leurs spécificités, dorénavant, c'est leur université de rattachement qui en dispose et peut donc
décider des crédits alloués aux IUT... et éventuellement les raboter pour améliorer à la marge
le financement d'autres filières encore plus sous-financées.
Le passage en force systématique du ministère a conduit à des protestations très larges contre
le projet de réforme de la formation des enseignants, contre la reconnaissance des diplômes
profanes des instituts catholiques comme diplômes nationaux et contre le projet d'un nouveau
statut des enseignants-chercheurs. Ce dernier, sous couvert de "modulation", prévoit
d'augmenter fortement le service d'enseignement des universitaires qui seraient moins bien
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évalués en tant que chercheurs.
Personne n'est dupe : la décision finale, qui est l'apanage du président d'université, serait prise à
n'en pas douter en fonction des tâches d'enseignement à assurer et non de la qualité de la
recherche. Et ce, alors que la qualité des processus d'évaluation se dégrade. Non content de
considérer l'enseignement comme une sanction, le gouvernement traite la recherche
universitaire comme une variable d'ajustement.
La "réforme" des organismes de recherche se fait sans la moindre concertation, alors que les
instances scientifiques et les organisations représentatives ont fait nombre de propositions. Ils
sont progressivement privés des moyens structuraux et financiers pour mettre en oeuvre une
politique scientifique dans la durée. Les UMR (Unités mixtes de recherche) entre organismes et
universités sont mises en cause, et dans leur nombre, et dans leurs possibilités d'action. Le
vieux projet de la droite de casser le CNRS est en marche. Cela converge vers une prise en main
directe du pouvoir politique sur les orientations de recherche, laquelle est explicitement
revendiquée par Nicolas Sarkozy, en contradiction avec les pratiques des grands pays de
recherche.
Pour le parti socialiste, cette situation est insupportable à la fois du fait du profond mépris du
gouvernement à l'égard de tous ceux qui ont à coeur de faire fonctionner les laboratoires, les
universités et les organismes, et aussi en raison de la gravité de ses conséquences pour l'avenir
du pays. Nous voulons proposer un avenir à nos universités, nos laboratoires publics et privés et
ceux qui en font partie. Cet avenir, il doit être construit collectivement, notamment au travers
des batailles qui se mènent aujourd'hui. C'est pourquoi le parti socialiste a décidé d'initier une
convention sur l'enseignement supérieur et la recherche.
Nous souhaitons organiser ce processus largement ouvert en lien avec les autres partis de
gauche, et en interaction avec toutes les associations et syndicats. Tout d'abord, un audit de la
situation réelle et concrète sera réalisé. Que sont devenues réellement les sommes promises ?
Quelles sont les conséquences des réformes : pôles de compétitivité, plan campus, plan licence,
emplois et précarité ? Ensuite, il s'agira de définir un programme d'action, au niveau européen,
national et local. Le niveau européen, d'abord, car les élections européennes doivent permettre
de redéfinir la politique conduite en matière de recherche. Il faut que le parlement européen se
saisisse de ce dossier dont il a été trop souvent écarté.
Ensuite le niveau national, dans la perspective d'une alternance politique indispensable. Il ne
faut pas que l'absence d'une perspective d'alternative soit un frein pour les luttes actuelles. Le
niveau local enfin, car la gauche, majoritaire dans les conseils régionaux et généraux, peut y
mettre en oeuvre une politique ambitieuse, sans toutefois se substituer à un Etat défaillant.
Quels seraient les objectifs de cette convention ? D'abord, redonner au savoir la place qui doit
être la sienne dans une société moderne, ce qui suppose la liberté d'initiative scientifique des
chercheurs et des institutions d'enseignement supérieur et de recherche, dans le cadre des
institutions nationales et locales, mais aussi élever le niveau de formation, en garantissant le
cadre national des diplômes, et faciliter l'accès à ceux-ci pour les étudiants en difficulté
sociale.
Simultanément, redéfinir l'action de l'Etat en faveur de la recherche privée, prendre en compte
la diversité des attentes de la société (santé, environnement, villes, etc.) et mettre en place un
débat permanent entre scientifiques et citoyens. Ensuite, favoriser la coopération entre les
établissements de recherche et d'enseignement supérieur, entre leurs personnels, et réduire la
bureaucratie dont ils souffrent de plus en plus. Enfin, offrir les statuts qui permettent à la fois
qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes, et qu'ils attirent la jeune génération, ce qui passe par la
réduction drastique de la précarité.
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Depuis les états généraux de la recherche de 2004, les tentatives de lancer une nouvelle étape
de réflexion ont échoué. Et pour cause : le gouvernement s'est moqué de ceux qui avaient
conduit ce travail, en prenant le contre-pied de leurs propositions. Dès lors, à quoi bon s'user à
nouveau s'il n'y a pas de débouché politique ? C'est ce que le parti socialiste veut offrir
aujourd'hui : un débouché à la réflexion collective, qui se traduira par une action au niveau des
parlements européen et français, et des collectivités territoriales qu'il dirige avec ses
partenaires. Et un programme ambitieux pour la recherche et les universités, dans la
perspective des prochaines élections qui devront conduire au pouvoir une équipe tournée vers
notre avenir collectif.
Bertrand Monthubert, mathématicien, secrétaire national du PS à l'enseignement supérieur et à
la recherche
A lire sur La Tribune
Wall Street bondit en fin de séance dans l'espoir d'une adoption du plan de relance
Le nouveau statut de l'auto-entrepreneur fait le plein d'inscriptions
Nouvelle chute des ventes automobiles aux Etats-Unis
Les pertes d'Electronic Arts se creusent, 1.100 emplois supprimés
Le bénéfice de Walt Disney chute
Etats-Unis : la Fed prolonge son soutien aux marchés financiers, l'immobilier envoie des
signaux positifs
Chiffre d'affaires en hausse de 10% pour Vinci, conforme aux prévisions
Les Français ont moins acheté de carburants l'an passé
GMAC redevient bénéficiaire
UPS repasse dans le vert mais l'année 2009 s'annonce difficile
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